• Coeur bleu
    du 2 au 18 juin 2016

    Coeur bleu

    Diptyque : Rêve de mon coeur et Cafetière Bleue de Caryl Churchill, mise en scène Rémy Barché, avec Salim-Eric Abdeljalil, Marina Cappe, Klara Cibulova, Lorry Hardel, Antoine Laudet, Audrey Lopez, Julien Masson, Pauline Parigot, Florent Pochet de l'ensemble 23

     

    jeudi 2 à 21h et vendredi 3 juin à 20h à Reims - Comédie de Reims  /  entrée libre sur réservation au 03 26 48 49 00 

     

    mercredi 8 à 20h et jeudi 9 juin à 22h à Marseille - IMMS Salle Michel Corvin  /  entrée libre sur réservation au 04 88 60 11 75 ou eracmarseille@orange.fr

     

    mercredi 15 à 20h, jeudi 16 à 22h et samedi 18 juin à 22h à Paris - La Colline Théâtre national  /  entrée libre sur réservation au 01 44 62 52 00

     

    Une école de théâtre est le lieu de tous les possibles. Ayant déjà réalisé pas mal de spectacles avec des comédiens en formation, je m’aperçois que mes choix de textes sont souvent plus audacieux lorsqu’il s’agit de les monter dans un cadre « pédagogique ». Avec des élèves, j’ai toujours travaillé sur des pièces qui avaient une dimension expérimentale. Au-delà de mon goût pour des auteurs qui s’interrogent sur de nouvelles façons de raconter des histoires, je pense que cela est dû au fait qu’il n’y pas si longtemps encore, j’étais moi-même à l’école. À chaque premier jour d’un « stage » que je dirige, je suis toujours un peu gêné par le faible écart d’âge qui me sépare de « mes élèves ». Si je me dis que je dois leur « apprendre » quelque chose, je suis fichu. Par contre, tout s’éclaire lorsque j’ai avec moi un texte qui, plus que d’habitude encore, me met dans la position de celui qui ne sait pas, qui va devoir sortir de lui-même pour découvrir de quelle façon inconnue cette écriture demande de parler, de bouger, de ressentir. Une relation, qui est plus de l’ordre du partage que de la transmission, est alors possible entre le groupe de comédiens et moi, tous apprentis à l’orée du travail que nous avons à accomplir ensemble.

     

    À 77 ans, Caryl Churchill est une figure majeure de la littérature pour le théâtre, à la pointe de l’avant-garde de l’écriture théâtrale. Coeur Bleu est une oeuvre qui parle de la vieillesse, mais c’est avant tout un voyage poétique qui explore les thèmes de la mémoire, du souvenir, du rêve. Dans les deux pièces courtes qui composent ce diptyque conçu en 1997, Caryl Churchill, à la manière des auteurs de l’Oulipo, s’est fixée des règles d’écriture. Les personnages de Rêve de mon Coeur sont coincés dans une scène qui se répète indéfiniment. Dans Cafetière Bleue, le titre crée un virus dans les dialogues, qui finissent par être uniquement composés des mots « Cafetière Bleue ».

     

    Rémy Barché

     


  • Suzy Storck
    du 8 au 18 juin 2016

    Suzy Storck

    de Magali Mougel, mise en scène Jean-Pierre Baro, avec Maxence Bod, Johanna Bonnet, Julien Breda, Leslie Granger, Glenn Marausse de l'ensemble 23

     

    mercredi 8 à 22h et vendredi juin à 20h à Marseille - IMMS Salle Michel Corvin  /  entrée libre sur réservation au 04 88 60 11 75 ou eracmarseille@orange.fr

     

    mercredi 15 à 22h, vendredi 17 à 20h et samedi 18 juin à 20h à Paris - La Colline Théâtre national  /  entrée libre sur réservation au 01 44 62 52 00

     

     

    Suzy Storck est un texte saisissant, une gifle. L’aborder c’est s’y heurter. A travers le destin d’une femme ordinaire, la pièce parle de ces vies qui déraillent imperceptiblement. A force d’avoir simplement répondu à la norme, aux conventions, aux injonctions d’une vie familiale, économique et sociale, Suzy a oublié ses propres désirs et perdu le sens de son existence.

    Par petites touches, Magali Mougel dévoile, peint, expose la blessure d’une femme contrainte à n’être que le fantôme de sa vie. Une Médée d’aujourd’hui dans une zone rurale de l’est de la France. Suzy Storck est une tragédie contemporaine. Une peinture du réel.

     

    Il s’agira de faire entendre cette douleur silencieuse, ce déraillement progressif qui mène à l’irréparable, au tragique. Cinématographique, picturale, moderne tout en s’inscrivant profondément dans la tradition théâtrale par ses références multiples à la tragédie antique, la pièce offre, pour les jeunes acteurs de l’ERAC, un formidable champ d’exploration.

     

    Jean-Pierre Baro


  • Juste la fin du monde
    du 9 au 18 juin 2016

    Juste la fin du monde

    de Jean-Luc Lagarce, mise en scène Julie Duclos, avec Marina Cappe, Lorry Hardel, Antoine Laudet, Pauline Parigot, Florent Pochet de l'ensemble 23

     

    jeudi 9 à 20h et vendredi 10 juin à 22h à Marseille - IMMS Salle Michel Corvin  /  entrée libre sur réservation au 04 88 60 11 75 ou eracmarseille@orange.fr

     

    jeudi 16 à 20h, vendredi 17 à 22h et samedi 18 juin à 17h à Paris - La Colline Théâtre national  /  entrée libre sur réservation au 01 44 62 52 00

     

    Juste la fin du monde est une histoire de famille, porteuse de situations fortes et extrêmes. Un jeune homme revient dans la maison de son enfance, pour annoncer à sa famille – frère, sœur, mère - sa mort prochaine. Il ne dira finalement rien, ce sont les autres qui parleront.

    « Ils auront peur du peu de temps et ils s’y prendront maladroitement, et ce sera mal dit ou dit trop vite, d’une manière trop abrupte, ce qui revient au même, et brutalement encore (…) je sais comment cela se passera et s’est toujours passé» dira la mère au fils.

    Presque un programme. Elle ne se trompera pas. L’enjeu des retrouvailles, les non-dits passés, les remords, le ressentiment, chaque personnage vivra cette journée à sa manière, s’exprimant comme il peut, c’est-à-dire en bloc, en vrac, longuement, avec des détours ou au contraire frontalement, face à Louis, témoin silencieux de tous ces mots. Celui qui venait pour dire et finalement se tait. Flot de paroles suscitant le silence, ou peut-être l’inverse, silence de Louis laissant la place aux autres.

    « Ce que je pense (et c’est cela que je voulais dire) c’est que je devrais pousser un grand et beau cri, (…) hurler une bonne fois, mais je ne le fais pas, je ne l’ai pas fait »

     

    C’est d’abord l’histoire d’une absence, d’une disparition. Le fils ainé a quitté la maison, donné des nouvelles de temps en temps (de succinctes cartes postales), mais on ne l’a plus vu, pour des années. Quelque chose semble avoir été brisé par ce départ, comme une brèche traçant son sillon dans le devenir familial, dans les corps des uns et des autres. Le retour de Louis réactive de manière brûlante ce qui - pour vivre au mieux avec l’absence - avait dû être endormi, enfoui. Que reste-t-il entre les êtres, après tout ce temps ? Chaque personnage se confrontera à Louis, à sa façon, c’est à dire avec ses attentes, ce qu’il s’était promis de dire mais qu’il taira peut-être, ce qui surgira dans l’instant, ce qu’il faudra contenir, passer sous silence. Juste la fin du monde est le dessin de cette journée, cette traversée où des êtres devenus étrangers, tentent comme ils peuvent, de reprendre le fil d’une histoire interrompue.

     

    Julie Duclos