ENSEMBLE 34
Les élèves-comédien·nes de deuxième année de l’ERACM, la promotion 34, ont travaillé avec Pierre Maillet, comédien et metteur en scène, autour de Bizarra, la « saga argentine » de Rafael Spregelburd. Leur travail s’est mené en lien avec l’atelier de première année conduit par Maïa Sandoz.
Pierre Maillet, un théâtre nourri de cinéma
Né à Narbonne, Pierre Maillet intègre en 1991 la première promotion de l’École du Théâtre National de Bretagne à Rennes. En 1994, il crée avec les autres membres de son groupe les Lucioles, collectif d’acteurs basé à Rennes, devenu « Parmi les Lucioles » en 2023, et « Les Gens Déraisonnables » pour son travail et son équipe. Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres depuis 2017, il compte plus de trente-cinq mises en scène et a joué dans une quarantaine de spectacles pour d’autres metteurs en scène et compagnies. Sensible aux auteurs liés d’une manière ou d’une autre au cinéma, il a récemment créé One Night with Holly Woodlawn, d’après l’autobiographie de cette dernière, Le bonheur (n’est pas toujours drôle), d’après trois films de Fassbinder, Théorème(s), d’après Pier Paolo Pasolini, et Edith Beale au Reno Sweeney, d’après L’art de la chute de Sara Stridsberg. Il prépare pour la saison 27/28 Sabotage, pièce inédite de Tanguy Viel, et Torch Song, d’après la pièce de Harvey Fierstein, troisième volet de son cycle autour du cabaret new-yorkais le Reno Sweeney. Au cinéma, il a travaillé avec Ilan Duran Cohen, Emilie Deleuze, Louis Garrel, Justine Triet, Pierre Schoeller, Stephan Castang et Pierre Menahem.
Cinq semaines de travail avec l'ensemble 34
Bizarra est une « saga argentine » conçue comme un feuilleton, très clairement inspirée dans sa construction narrative et sa forme par les telenovelas latino-américaines. Elle se répartit en dix chapitres, eux-mêmes divisés en scènes : l’équivalent, dans le langage télévisuel, de dix saisons composées d’épisodes quotidiens ou hebdomadaires.
C’est un projet fou de théâtre, où l’acteur·ice joue plusieurs personnages, et où le genre est respecté mais magnifiquement perverti. Le texte enfreint ainsi les deux règles incontournables des telenovelas : ne jamais s’engager politiquement, et éluder le sexe au profit du désir.
Pierre Maillet connaissait bien cette épopée fantastique. Après avoir traduit l’intégralité du texte avec Guillermo Pisani, il l’avait travaillée successivement à l’École des Teintureries et à l’École de la Comédie de Saint-Étienne. Avec la promotion 34 de l’ERACM, c’était sa troisième incursion dans l’œuvre.
Avec les élèves-comédien·nes, il a monté trois épisodes dans leur intégralité : le 1, le 5 et le 10, c’est-à-dire le premier, celui du milieu et le dernier. L’expérience lui avait appris qu’il est passionnant de traverser cette œuvre et ses personnages avec des trous. Tout comme un spectateur peut, et doit pouvoir, prendre une série en route, il en a été de même pour la troupe : faire en sorte, à l’instar de l’auteur, que ce soit crédible, possible, et possiblement drôle ou tragique.
Écrite dans l’urgence, règle d’or du genre télévisuel, Bizarra impose logiquement à ses interprètes de travailler vite. Ces contraintes dramaturgiques et concrètes, comme beaucoup de contraintes, ouvrent souvent des possibles insoupçonnés et des inventions magnifiques. C’est tout le bien que Pierre Maillet souhaitait aux jeunes acteur·ices de cette aventure, qu’il se réjouissait de (re)traverser avec eux.